Corrigé Bac Sujet bac – Philosophie 2025 – Corrigé – Sujet 1 – Dissertation

Dissertation de philosophie

Sujet 1 - Une œuvre d’art doit-elle toujours plaire ?

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Astuce

  • Le sujet contient un implicite : il nous invite à nous demander si une œuvre peut avoir un autre but que le simple fait de plaire à un public. Pour traiter ce sujet, il faut discuter les raisons d’une telle perspective.
  • Il n’y a jamais de réponse simple à une question philosophique. Au contraire, un sujet présente toujours un problème, c'est-à-dire un débat entre plusieurs perspectives. C’est ce débat qui doit permettre d’élaborer la structure du devoir. Dans ce corrigé, l’opinion commune sera défendue dans la première partie, tandis que les limites de cette opinion seront explorées dans la deuxième partie. La troisième partie proposera de dépasser ces contradictions apparentes dans une synthèse.
  • L’énoncé du sujet donne également des indications sur son traitement. La première partie consistera à analyser pourquoi l'œuvre est source de plaisir. La deuxième partie montrera pourquoi chercher à plaire peut nuire à l’authenticité d’un projet artistique et à la portée qu'il devrait avoir. La troisième partie expliquera en quoi l’on peut dépasser cette contradiction en montrant que le plaisir esthétique est singulier et se distingue du simple goût populaire d’une époque.

Introduction :

Dès l’Antiquité, l’art (technè) est défini comme une activité visant à produire, par des moyens artificiels, un objet qui n’existe pas comme tel à l'état naturel. Quel que soit son domaine d’expression, la production artistique donne donc toujours naissance à une œuvre culturelle. Mais ce qui distingue une œuvre d’art d’un ouvrage technique, par exemple, c’est que son but n’est pas de remplir une fonction ni de satisfaire un besoin vital. L’artiste manifeste, à travers l'œuvre, un ensemble de qualités esthétiques apparentes, destinées à être perçues par une public. On pourrait affirmer que le plaisir esthétique éprouvé par un spectateur devant une œuvre est essentiel à l'art en général : plaire serait donc la finalité poursuivie par l’artiste au moment de sa création. Toutefois, ne serait-il pas réducteur de considérer la démarche d’un artiste comme étant seulement destinée à plaire à son public ? Une telle recherche de reconnaissance, voire de popularité, ne remettrait-elle pas en cause l’authenticité de son projet ? N’est-ce pas, au contraire, le rôle de l’artiste de remettre en question ce qui plaît immédiatement à une époque et de délivrer un message plus profond, aussi choquant soit-il ? Nous verrons en quoi la démarche artistique, animée par la volonté d’exprimer le Beau, vise d'abord à provoquer chez le spectateur une forme de plaisir esthétique et de réalisation spirituelle. Puis nous examinerons les raisons pour lesquelles un artiste peut chercher à critiquer la notion même de plaisir esthétique, voire à s'en méfier. Enfin, nous analyserons la singularité de l'expérience esthétique, capable de plaire tout en choquant le spectateur et en bousculant son rapport au monde.

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Astuce

Les titres des parties et sous-parties ne doivent pas apparaître sur la copie. Néanmoins, choisir des titres au brouillon peut vous aider dans votre réflexion.

Le plaisir esthétique est essentiel à l’expérience artistique

L’expérience du plaisir esthétique

Le sens commun définit le sentiment de plaisir esthétique comme la finalité de l'œuvre d’art pour le spectateur. L’activité artistique repose sur une relation complexe entre la création de l’artiste, la réalité de l’œuvre et sa réception dans une communauté donnée. Autrement dit, l'œuvre d’art est destinée à être vue par des spectateurs et est faite pour toucher la sensibilité de ce public. Le mot grec aisthesis, qui a donné « esthétique », désigne à l’origine la sensation en elle-même, c’est-à-dire la faculté de percevoir par les sens. Le plaisir esthétique naîtrait ainsi de cette sensibilité, qui rend tout individu réceptif aux qualités visuelles ou sonores d’une œuvre. Or, parce que l'œuvre est une représentation visant le Beau en tant que tel, elle amène le spectateur à éprouver un sentiment différent de la simple sensation. Comme le montre Kant dans la Critique de la faculté de juger, « le Beau est ce qui plaît universellement sans concept ». Devant l'œuvre, une communauté de spectateurs éprouve une forme supérieure de plaisir, sans que ce sentiment soit accompagné d’une description des propriétés objectives de la chose représentée. L’existence de l’objet, ses règles de construction, sa finalité même sont indifférentes au sentiment esthétique, qui exprime non pas une qualité de la chose mais une disposition du sujet qui la contemple. Si l'œuvre plaît, ce n’est donc pas uniquement parce que son spectacle serait agréable à regarder ou à écouter. L'œuvre plaît parce qu’elle est une manifestation d’une émotion singulière qui dépasse le simple cadre de la sensation.

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Il est conseillé de commencer par l’argument en apparence le plus évident et de s’en servir comme base pour amorcer la réflexion. La première partie montre pourquoi le plaisir esthétique doit constituer le but de l’activité artistique à travers la représentation du Beau.

La création artistique comme recherche de l’universel

L'œuvre plaît également à l’homme car il se reconnaît en elle et prend conscience de son humanité. Toute œuvre implique la transformation par l'artiste de ce qui lui est donné naturellement, en vue de se réaliser pleinement dans le monde par sa création. Ainsi, selon Hegel, l’architecture vise à modifier le paysage naturel et à aménager un espace dans lequel l’homme peut vivre pleinement sa spiritualité. L’auteur affirme dans son Esthétique : « L'Homme fait cela, en tant que libre, pour enlever au monde externe son insensible étrangeté, pour jouir dans la forme des choses de sa propre réalité extériorisée. » Dans l’acte de création, l’homme cesse ainsi de vivre « en soi » comme le font les autres espèces ; il développe un « pour-soi », c'est-à-dire une prise de conscience de son existence à travers les œuvres. L'œuvre est essentiellement ce qui plaît à l’homme car en elle il reconnaît, au-delà de ses goûts particuliers, son humanité profonde, source de contemplation à travers les siècles. Ainsi, la statuaire égyptienne, par exemple, traduit par ses lignes épurées non plus le donné irrégulier de la nature, mais l’universalité symbolique de l’esprit humain. En témoigne, selon Hegel, la figure du Sphinx, qui, en plaçant l’homme au cœur de son énigme, nous appelle à dépasser la matérialité de l’objet pour contempler, dans un plaisir esthétique, un sens spirituel. L’art prend donc un sens intemporel et s’adresse à tout homme futur qui éprouvera le plaisir du sentiment esthétique en contemplant son apparence et son message symbolique. Toutefois, l'artiste doit-il toujours se projeter dans la façon dont l'œuvre sera reçue et interprétée ? N’y a-t-il pas un risque d'inauthenticité dans son projet s'il ne réalise une œuvre que pour provoquer un plaisir esthétique ou une jouissance spirituelle chez le spectateur ?

L’artiste doit être indifférent à la réception de son œuvre par le public

La vérité d'une œuvre comme choc esthétique

On peut considérer à l'inverse que la fonction de l'art n'est pas de plaire, de répondre aux attentes d'un public, mais d’exprimer un message critique envers la sensibilité de son époque. S’il souhaite être indépendant dans sa démarche, l’artiste doit prendre ses distances vis-à-vis des standards esthétiques de son temps qui, bien que populaires, ne permettent pas une représentation authentique de l’humanité. Ainsi, les mouvements d’avant-garde ont eu pour rôle, au XXe siècle, de dénoncer l'esthétique bourgeoise qui, pour justifier le respect de la morale et des institutions, censurait ce qui n'était pas considéré comme de bon goût. Par exemple, dans le film surréaliste Le Chien andalou, Buñuel et Dalí ont mis en scène des séquences oniriques exprimant les désirs les plus tabous de la société de leur temps. Considérée ainsi, l'œuvre se doit donc de provoquer un choc esthétique qui bouleverse les attentes des spectateurs et les force à remettre en cause les critères esthétiques standardisés. Autrement dit, ce n’est pas la beauté qu’une œuvre est censée représenter, car une telle approche reste prise dans les filets de ce qui est acceptable et de bon goût dans une époque donnée. Comme le dit Bergson dans Mélanges : « Qu’est-ce qu’un artiste ? C’est un homme qui voit mieux que les autres car il regarde la réalité nue et sans voile. » L'œuvre exprime en ce sens une vérité sur l’homme et sur le monde, qui trouble la sensibilité et rompt avec les attentes du public.

La finalité de l’œuvre comme résistance au pouvoir

L’art ne doit pas chercher à plaire, mais à résister, par un engagement social et politique, à toute dérive de la société. Toute attitude cherchant dans l’art une source de jouissance reste dépendante d’une certaine conception passive des rôles de l’artiste et du spectateur, risquant de réduire l’art à une pure consommation de plaisirs quotidiens, alignée sur l’industrialisation et la standardisation des modes de vie. Adorno et Horkheimer dénoncent cette standardisation dans La Dialectique de la Raison, montrant qu’elle ne fait que renforcer le pouvoir dominant qui utilise le développement industriel comme instrument de l'automatisation de notre sensibilité. Par exemple, les productions hollywoodiennes, bien que très populaires, sont souvent inspirées d'un même schéma narratif jusqu’au happy end final. Une telle standardisation dans la manière de parler de l’existence plaît à un large public parce qu'elle répond à ses attentes. Et pourtant, cette commercialisation du cinéma appauvrit la sensibilité du spectateur en filtrant tous les événements de la vie qui ne cadrent pas avec les péripéties du film de genre. L’artiste doit donc résister à toute tentative de plaire à son public, sous peine de dépendre des stéréotypes qu’il est censé dénoncer. On pourrait même considérer comme immorale une démarche artistique visant uniquement à produire du plaisir esthétique dans un monde où tant d’injustices et de violences sont commises au quotidien. Il y aurait donc un devoir moral de l’artiste d'éviter les clichés de la représentation et de critiquer les standards de ce qui plaît à son époque. Toutefois, faut-il nécessairement choisir entre plaire et dénoncer ? Ne peut-on pas envisager la possibilité d’un art qui touche la sensibilité du public et, à la fois, critique, résiste et bouscule ?

L’œuvre vise à transformer notre regard sur le monde

L’activité artistique doit chercher à créer une nouvelle sensibilité esthétique

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Pour traiter un sujet sur l’art, il est important d’appuyer son raisonnement sur l’analyse précise d’œuvres d’art.

Toute œuvre unique se reconnaît au fait qu’elle impose un style nouveau. Cela signifie qu’avec elle, c’est aussi l’expérience du plaisir esthétique qui change. C’est ce que montre Nietzsche dans La Naissance de la tragédie au sujet de la tragédie attique. Dans Œdipe-Roi de Sophocle, par exemple, la conscience du héros le porte à croire qu’il fait preuve de courage en bravant les interdits, alors que le spectateur assiste au tragique dénouement de son existence annoncé par l’Oracle. La tragédie grecque mêle donc au héros idéalisé des forces obscures qui finissent par le détruire. Sur scène, les personnages tragiques plaisent au public parce qu'ils vivent une contradiction au cœur même de la vie : en eux se rejoignent la beauté idéale inspirée par Apollon et une violence excessive inspirée par Dionysos. L’artiste doit donc proposer au public une esthétique radicalement nouvelle qui, tout en lui plaisant, remet en cause les canons adoptés à la même époque. À l’époque de Nietzsche, l'œuvre musicale de Wagner illustre ce double aspect : à la fois un spectacle captivant qui touche le public et, comme dans l’ouverture de Tannhäuser, l’introduction d’un nouvel espace sonore mystérieux et surnaturel, bouleversant les codes de composition académique. Par conséquent, il faut distinguer deux types de plaisir esthétique : l’un conventionnel, qui consiste à plaire à un public en se conformant aux normes esthétiques attendues, et l’autre plus profond, qui évoque un style nouveau, remet en cause la tradition et donne aux spectateurs l'occasion d’une expérience inédite. Dans ce cas, peut-on dire que le style nouveau d’un artiste vise, au-delà de la jouissance immédiate de la représentation, à transformer le spectateur ou l’auditeur de son œuvre ?

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Il est toujours intéressant de se demander si le sujet a une dimension éthique ou morale. Dans cette troisième partie, la dimension morale du plaisir esthétique est envisagée, notamment avec l’exemple de la tragédie.

Le sens moral du plaisir esthétique et son effet cathartique

L'œuvre a pour finalité de donner à chaque individu l’occasion de se questionner sur sa propre sensibilité. Que l'œuvre cherche à plaire ne signifie pas pour autant que sa finalité soit le plaisir esthétique. Certes, l’artiste peut chercher à séduire ou fasciner le spectateur en usant d’artifices techniques qu’il maîtrise. Toutefois, la portée d’une œuvre va au-delà de ce que le spectateur éprouve dans l’instant. Ce que celui-ci retiendra de l'œuvre est aussi important que le plaisir de la contempler. Autrement dit, chercher à plaire n’est qu’un moyen en vue d'une fin plus profonde qui touche la vie même et le champ pratique de nos actions futures. Aristote montre dans La Poétique que la tragédie exerce sur les hommes une catharsis : en purifiant les spectateurs de leurs troubles, eux qui s'identifient aux personnages, l'œuvre leur donne aussi l’occasion de réfléchir à la portée morale de leurs actes et d’en tirer un enseignement. Ainsi, le personnage d’Antigone, dans l'œuvre de Sophocle, est confronté à un dilemme existentiel : désobéir à Créon en enterrant son frère ou lui obéir et déshonorer les dieux. La situation d’Antigone ouvre un espace de questionnement et d’identification chez le spectateur, témoin de sa douleur. Si l’on peut parler de plaisir esthétique dans le cas de la tragédie, ce n’est donc pas parce que la situation est plaisante. La tragédie est un appel à l’authenticité : elle invite chacun à approfondir, par le dilemme, la véritable nature des liens avec soi et avec les autres.

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La conclusion doit récapituler les étapes principales de l’argumentation et proposer une solution nuancée au problème.

Conclusion :

Il n’y a pas nécessairement de contradiction entre une démarche artistique qui cherche à plaire et celle qui porte un regard critique sur la société. L’artiste est pleinement créateur lorsqu’il évite de s’enfermer dans l’un de ces deux extrêmes : il ne peut pas se contenter de reproduire les clichés de son époque, mais il ne peut pas non plus se limiter à critiquer les injustices au point de devenir un essayiste. La création artistique peut devenir un moyen pour l’individu de prendre conscience de lui-même à travers les chefs-d’œuvre de l’histoire. Toutefois, chercher à plaire universellement risquerait de compromettre l’authenticité d’un projet artistique en confondant popularité et originalité. Lorsqu’un style artistique plaît véritablement, c’est parce qu’il invite les spectateurs à repenser la notion de plaisir esthétique et, avec elle, les canons traditionnels de la beauté.